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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 10:55

 

Entretien avec ... Jean-Michel HENRY

  Chef d'orchestre

 

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Jean-Michel Henry, vous êtes un musicien et un chef d'orchestre avec une grande expérience professionnelle. Vous allez diriger le concert "DOGORA" du 21 novembre 2010 avec, "sous votre baguette", les 80 musiciens de l'Orchestre symphonique du Conservatoire du Val Maubuée et plus de 200 choristes de Seine-et-Marne. La réussite de ce concert, co-organisé par le Choeur "Odyssées" (du Festival de Musique de Claye-Souilly) et l'A.V.AC.S. (Association Vaincre le Cancer Solidairement) de Mareuil-lès-Meaux, est en grande partie entre vos mains.

Au-delà de votre carrière et de votre vécu professionnel (que nous résumons en fin de cet article), tous les "acteurs" qui vont se produire le 21 novembre au Théâtre Luxembourg de Meaux, mais aussi tout le public et les amis du Festival de Musique de Claye-Souilly, aimeraient mieux connaître votre personnalité, votre vie, vos réussites et vos déceptions, vos rêves et vos espoirs.

Nous vous remercions très chaleureusement d'avoir bien voulu répondre aux questions ci-après.



Comment devient-on chef d'orchestre ?

Par passion de la musique, évidemment ! Mais aussi sans aucun doute pour le plaisir du partage avec le groupe et celui, enthousiasmant, de la réalisation collective dans une commune énergie.

Pour ma part, j'ai toujours eu grand plaisir à faire travailler des ensembles de musiciens, d'abord de Trompettes, puis de Cuivres, et enfin Orchestre d'Harmonie et Big-Band. C'est à partir du moment où j'ai eu la responsabilité de grands groupes que j'ai abordé sérieusement la direction, donc sur le tard.

Il m'est cependant revenu en mémoire très récemment que j'avais fait le rêve d'être chef d'orchestre à l'âge de 11 ans (mais y aurait-il donc des hasards dans notre vie ?...). Néanmoins les nécessités, et surtout les contraintes de la vie, avaient fait que je l'avais profondément enfoui.

J'ai la chance aujourd'hui que ce rêve se soit réalisé, et le savoure quotidiennement.

 

Comment sont choisis/sélectionnés, les musiciens qui intègrent l'orchestre ?

La pratique collective étant un des axes essentiels de l'enseignement musical du Conservatoire du Val Maubuée, les élèves font partie très rapidement dans leur cursus d'un ensemble. Devenus élèves et étudiants de grand niveau, ils participent alors à l'Orchestre Symphonique et en constituent un premier élément.

A la fin de leur cursus ils peuvent, s'ils le désirent, rester dans les rangs de l'orchestre dès lors que leur place reste vacante: c'est le deuxième élément.

Enfin, les amateurs de bon niveau venant de tous horizons, mais surtout passionnés de musique, sont accueillis à leur demande, et encore une fois si une place au pupitre est vacante : c'est le troisième élément (ne cherchez pas de cinquième, il n'y en pas, n'en déplaise à Luc Besson !)

Vous le constatez, pas réellement de critère de sélection par le niveau musical.

J'oserais dire que le seul véritable critère de sélection est la motivation… Et de ce côté, il n'y a vraiment pas de soucis chez les membres de l'Orchestre !!!

 

 

Quelles sont les difficultés particulières à diriger un grand orchestre ?

Elles sont multiples, naturellement !  

Avant les compétences musicales, je dirais qu'il faut avoir un bon sens du contact et de la relation humaine : un orchestre est composé de musiciens sensibles dont il faut savoir rester constamment à l'écoute.  

Du côté musical, avant le travail avec les musiciens l'œuvre demande, après une recherche auprès de son compositeur et de sa genèse, une analyse préalable très soignée : ainsi, les informations seront claires, précises et justifiées. Un groupe est d'autant moins patient qu'il est nombreux !  

La recherche du geste adéquat est souvent cruciale pour obtenir de façon naturelle et immédiate le rendu désiré, car l'orchestre peut vite faire un contresens dont il sera ensuite parfois très difficile de le départir.  

Ensuite, il faut naturellement savoir écouter l'ensemble, mais aussi entendre chacun pour savoir ce qui est à corriger (ou pas !). Et si savoir entendre et écouter toutes les parties est naturellement la moindre des choses pour un chef, ce n'est vraiment parfois pas chose aisée quand l'écriture est très dense : le travail consistera alors à patiemment séparer les plans musicaux pour rendre l'œuvre clairement compréhensible.

Un grand orchestre a donc les qualités de ses défauts, et les défauts de ses qualités : son nombre de musiciens qui permet une large palette de timbres et de dynamique, mais en retour une lourdeur extrême inhérente aux grands groupes…

 

Comment fait-on progresser un groupe de musiciens ?

Tout d'abord avec la patience et la foi du charbonnier… Et quelquefois un brin d'inconscience…

Il faut tenir compte des difficultés de chacun mais parfois passer outre pour provoquer le dépassement, écouter les envies de répertoire des musiciens (et y répondre quand cela est réalisable) et ne pas hésiter à proposer des œuvres à la limite du potentiel du groupe (chef compris !).  

Et surtout travailler soi-même beaucoup, pour ensuite travailler tous ensemble !

 

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes qui souhaitent réussir une carrière musicale ? Et qui ambitionneraient d'atteindre la direction orchestrale ?  

Il y aurait sans doute à s'entendre sur ce que représente "réussir une carrière musicale"… (Compétences ?... Réalisation de soi ?...Renommée ?...)  

En tous cas, pour devenir chef d'orchestre, ne surtout pas faire comme moi ! Mon parcours est pour le moins atypique…  

Si vous jouez d'un instrument monodique, étudiez le piano pour avoir l'habitude de la polyphonie. Tâtez également d'un instrument de chaque famille, cela éclaire souvent sur les difficultés des musiciens de l'orchestre et aide à communiquer avec un vocabulaire plus précis. Faites naturellement de l'analyse et de l'écriture, ainsi que l'étude de l'histoire de la Musique, mais intéressez-vous beaucoup aux autres arts, lisez, écoutez, soyez curieux… Etudiez bien sûr la direction d'orchestre auprès de Professeurs reconnus pour leurs méthodes et leur savoir-faire…  

Et surtout travaillez, travaillez, et croyez en vous-même, avec modestie mais détermination : vous êtes votre meilleur ambassadeur à partir du moment où vous êtes sincère, bien avant d'être totalement expérimenté…  

 

Quelles sont les grandes satisfactions que vous procure l'exercice de votre profession ? Est-ce l'émotion produite par la musique de qualité, le plaisir de diriger et faire progresser un groupe, de transmettre un savoir, de se produire devant un public ?  

Je retire de mon métier des satisfactions nombreuses et réellement intenses.  

La première est de retrouver toutes les semaines des musiciens avec qui je partage la passion de la musique : j'ai ainsi le plaisir de voir s'épanouir peu à peu l'orchestre en précision, finesse et qualité d'interprétation. Vient ensuite le plaisir de découvrir et de servir avec eux des compositeurs, dont les œuvres dévoilent souvent une personnalité à la fois forte et complexe, qui nous enrichissent en retour. Et si j'ai le plaisir de transmettre, il n'est rien à côté du plaisir de ce que je reçois, tant des musiciens que des compositeurs…

Et vient enfin le plaisir et l'émotion des concerts, surtout lorsqu'ils sont bien réussis et communiquent pleinement le message des compositeurs au public (il y a finalement peu d'œuvres musicales "gratuites"!).

 

Quels sont vos compositeurs favoris ?  

En citer quelques uns serait faire injure aux autres, et je ne m'y aventurerai donc pas !

Et il me reste tant à découvrir…  

Je puis simplement vous dire que j'aime particulièrement les compositeurs qui savent donner à leurs œuvres une profondeur philosophique ou humaniste.

   

Quelle est la plus grande satisfaction de votre carrière de chef d'orchestre ?

J'ai pu donner il y a quelques années le "Requiem allemand" de BRAHMS, et ce 3 fois de suite.

La 7ème partie, "Selig sind die Toten", musicalement assez énigmatique, me posait notamment quelques problèmes d'interprétation. Au 3ème concert j'ai trouvé une clé qui m'a enfin permis d'en saisir pleinement le sens et de guider chœurs et orchestre : le résultat en a été lumineux et m'a littéralement comblé.  

 

Et la plus grande déception ?  

De ne pas avoir trouvé ladite clé plus tôt !!!...

   

Quelles sont les oeuvres que vous aimeriez diriger ?  

Ah ! Vaste question, le répertoire étant immense, et les envies si nombreuses !…

Si je n'étais pas raisonnable, je vous dirais bien : "Le Sacre du Printemps" de STRAVINSKI, la "Valse"de RAVEL, la "5ème Symphonie" de MAHLER, "La mer" de DEBUSSY, tous les opéras de MOZART et de PUCCINI, le "Requiem" de DURUFLE, "Lulu" de BERG, toutes les symphonies de BERNSTEIN et de SIBELIUS,…  

Mais arrêtons là cette liste, quasi inépuisable et un peu "à la Prévert", d'œuvres qui restent encore du domaine du rêve !

   

Comment choisissez-vous les oeuvres que vous travaillez ?  

Les idées d'œuvres viennent souvent des musiciens, et de moi bien sûr, mais naissent aussi parfois de propositions comme pour DOGORA.  

J'essaie par ailleurs de donner à chaque concert une thématique unique, dont les œuvres retenues permettent d'évoquer le sujet : par exemple, pour un concert intitulé "Made in USA" ont été choisis 3 compositeurs américains (Copland, Bernstein et Gershwin) ainsi que 3 œuvres de styles divers (un concerto, une œuvre pour Big-Band et Clarinette solo, un poème symphonique)…   

 

Avez-vous le trac avant d'entrer en scène ?  

Je mentirais en disant non, étant plutôt émotif de nature ! Mais le trac m'est bien plus supportable lorsque je suis dans le rôle de chef que lorsque je suis moi-même interprète … Il se met heureusement en sourdine lorsque j'entre en scène, et disparaît dès les premières notes au profit d'une montée d'adrénaline enthousiasmante qui me pousse en avant. Le bon trac, disent certains…  

 

Quels sont les projets de l'Orchestre du Val Maubuée pour la saison qui commence ?  

Après DOGORA, l'Orchestre jouera la "Symphonie du Nouveau Monde" de DVORAK fin Mars/début Avril 2011, notamment au Festival de Claye-Souilly (*), puis donnera un concert autour de MAHLER en Mai, et enfin quelques orchestrations et compositions d'étudiants des classes d'Ecriture et de Composition du Conservatoire du Val Maubuée. Encore une belle saison en perspective. (**)

   

Quel message souhaitez-vous transmettre aux participants et aux spectateurs de ce concert ?  

Donnons la parole à Patrice LECONTE, auteur du film "Dogora, ouvrons les yeux", que la musique d'Etienne PERRUCHON a largement inspiré :  

"En Septembre 2002, je pars pour la première fois de ma vie au Cambodge, rendre visite à mon frère cadet qui y travaille depuis 5 ans. Dès mon arrivée, ce pays me bouleverse. Jamais encore je n'avais ressenti de telles émotions. Ce ne sont pas celles d'un citadin européen apitoyé par des modes de vie précaires. Non, ces émotions sont inédites, graphiques, intimement humaines, comme si chaque visage, chaque posture, chaque regard était un hymne à la vie.  

J'ai fait ce film au Cambodge parce que ce pays m'a marqué d'une manière incroyable, mais j'aurais sans doute pu le tourner en Argentine ou à Aubervilliers. La démarche aurait été la même. Ce n'est pas un film exotique, il traite de l'humain, des hommes des femmes et des enfants qui vivent sur la même Terre que nous."

Ouvrons donc nos oreilles grâce à la musique d'Etienne PERRUCHON,

mais surtout, à travers ce concert

ouvrons aussi les yeux sur notre monde,

et, en guise d'hymne à la vie,

unissons nos énergies et aidons-nous les uns les autres…

  Propos recueillis par Pierre Caspar

 

(*) Le samedi 2 avril 2011 à 20 h 30 à l'Espace Malraux de Claye-Souilly

(**) L'orchestre symphonique du Val Maubuée, ainsi que les Choeurs de Seine-et-Marne donneront une nouvelle fois le concert DOGORA le 30 janvier 2011 au Centre Culturel Jacques Prévert de Villeparisis. Ce concert sera organisé par le Festival de Musique de Claye-Souilly.

    

 

Jean-Michel Henry

 

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        Trompettiste de formation, Jean-Michel HENRY commence, après une formation universitaire à la Sorbonne, sa carrière d'enseignant comme Professeur de Musique dans les collèges et lycées de la région parisienne, puis devient tour à tour professeur et Directeur en Ecole de Musique.

           Curieux et volontiers éclectique (formation aux méthodes actives, formation Jazz au CIM de Paris), il s'intéresse très tôt à la direction qu'il pratique constamment, parallèlement à l'enseignement de son instrument. Nommé professeur au Conservatoire du Val Maubuée en 1983, il y dirigera le Big-Band, les ensembles de cuivres, le Brass Band, les orchestres d'Harmonie, avant de se voir confier en septembre 1999 la direction de l'Orchestre Symphonique du Val Maubuée, ensemble avec lequel il donne depuis une programmation régulière. Il se formera auprès de Désiré DONDEYNE et de Philippe DULAT (direction d'orchestre d'harmonie), mais sa rencontre avec Nicolas BROCHOT (direction d'orchestre symphonique) sera déterminante.  

Ce faisant, sa participation chaque été depuis plus de 15 ans au Stage d'Orchestre Symphonique de Jeunes du Val Maubuée l'amènera à collaborer avec les chefs invités (Didier Bouture, Pierre Calmelet, Jean-Marc Cochereau, Claude-Henry Joubert, Philippe Nahon, Ludovic Perez…) dont il s'inspirera pour sa propre technique de travail et de direction.  

Parmi ses réalisations, citons ses collaborations avec le département Art Dramatique du Conservatoire du Val Maubuée : "Maître Puntila et son valet Matti"de B. Brecht (arrangements, orchestrations et direction de musiques de K. Weil, de P. Dessau et de H. Eisler), "Songe d'une nuit d'été" de Shakespeare (constitution de la musique de scène), "L'opéra de 4' sous" (direction de l'intégrale) de B. Brecht et K. Weil, mais également avec la compagnie théâtrale YESNOMAN : Concert-spectacle "Pierre et le Loup" de Prokofiev (direction). 

Fervent symphoniste, il a dirigé la plupart des grands compositeurs ("L'apprenti sorcier" de Dukas, "Shéhérazade" de Rimski-Korsakov, "9ème symphonie" de Chostakovitch, "Symphonie n°3 Rhénane" de Schumann, "Symphonie fantastique" de Berlioz, "1ère symphonie" de Mahler…) mais aussi de grandes pages symphoniques avec choeurs ("Requiem" de Mozart, "Fantaisie chorale" de Beethoven, "Ein deutsches Requiem" de Brahms, "Missa di Gloria" de Puccini).

   Pour voir tous les articles parus sur le concert DOGORA 

Pour consulter l'article "DOGORA I", cliquez ICI

Pour consulter l'article "DOGORA II", cliquez ICI 

  Pour consulter l'article "DOGORA III", cliquez  ICI

  Pour consulter l'article "DOGORA IV", cliquez  ICI

  Pour consulter l'article "DOGORA V", cliquez  ICI

 

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  • : Le Festival de Musique de Claye-Souilly (Région parisienne) reçoit des choeurs, orchestres, ensembles musicaux du monde entier. Le Choeur de Claye-Souilly a fait des tournées en Europe, aux U.S.A., au Canada, en Chine etc
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